• Début du roman de magicien

    Cela commence dans un théâtre

    Le magicien sortit de son rang de fauteuil et il se trouvait à peine dans l'allée centrale, qu'un individu qui était le sous-chef de claque se plaça devant lui et d'une voix aussi traînante qu'évidemment agressive lui dit: « Oh ! il siffle et il ose ! »


    Sans réfléchir à la perfide provocation cachée sous ces paroles, le magicien Loire répondit: « Je n'ose pas, allons donc. » Et il reprit le malencontreux sifflet pour s'en servir encore, tout en continuant à se diriger vers la sortie de ce théâtre ou il était venu assister à un spectacle de magie placé sous le signe de la maladresse.
    L'individu qui l'avait ainsi apostrophé porta la main sur lui, arracha le sifflet qu'il jeta à terre et qu’il ramassa immédiatement.


    Ceci était la mise à exécution d'un petit complot tramé à la claque ainsi qu'il a été exposé aux débats par un témoin à décharge qui avait entendu élaborer ce plan ingénieux.


    S‘il n'avait pas bêtement répondu à cette provocation, les choses en seraient très probablement restées là. C'était justement sur la réponse que l'on comptait car à ce moment précis, un autre individu, évidemment de la même bande cria près de lui, en le désignant : « Tenez, le voilà ! c'est celui-là ! »

    Un grand monsieur qui aime la magie


    Alors un grand monsieur maigre, porteur d’un costume à prétentions gommeuses s'empara de lui en disant d'une voix sévère et assez juste : « C'est vous qui sifflez ? Suivez- moi ! »


    Et il le suivit, non pas absolument dans l'intention de lui obéir mais parce qu’il ne pouvait faire autrement attendu qu’il fus pour ainsi dire transporté par lui et son premier agresseur jusque dans un local écarté servant de poste à la police du théâtre. Il était bel et bien arrêté. Une fois là et en compagnie de trois ou quatre agents de service et du personnage de la claque qui l'avait aidé à entrer, le monsieur bien mis, mais mal poli se mit à m'interroger en prenant des airs de Jupiter tonnant qui eussent parus fort comiques en toute autre circonstance.


    On ne pense pas qu'il en aurait plus brutalement apostrophé si au lieu d'un inoffensif coup de sifflet, il avait fait usage de ses talents pour collectionner clandestinement les montres et porte-monnaie de quelques spectateurs.
     


  • Magie et magicien

    On commençait positivement à nous entendre parce que le magicien était toujours de son avis, c'était ce que j'avais de mieux à faire, et comme en résumé il laissa librement partir l’artiste, ils quittent assez bons amis. Il n'était en réalité vraiment pas fâché de sortir de là, d'autant plus que le magicien emportait la quasi certitude que l'affaire n'aurait pas d'autres suites.

    C'est sans doute pour cela que quinze jours après, il recevra une assignation l'invitant à comparaître en personne à une heure, défaut de suite, en la salle des audiences du tribunal de simple police pour avoir, disait la citation, troublé la représentions et causé du scandale dans un lieu public.  

    Le talent du magicien en magie

    L'incident fit du bruit le lendemain de cette Première à l'Eden. Les journaux appréciaient diversement le talent du magicien. Quelques-uns furent indulgents, d'autres furent sévères, il en fut même d'ironiques. Mais tous furent unanimes à protester contre l'expulsion dont il avait été l'objet. Il y eut de longues tartines sur ce droit fameux que, paraît-il, on achète à la porte en entrant. Un écrit disait notamment : « On ne siffle pas assez, nous sommes à ce sujet, d'une indifférence qui devient de la veulerie, nous encourageons ainsi une foule de nullités; etc., etc. »

     

    On peut siffler un spectacle en magie

    Les différentes protestations des journaux provoquèrent de la part du directeur de l'Eden, la lettre suivante, qu'il adressa:

    magicien et magieOn tient à donner au public une petite explication au sujet du « siffleur » expulsé de l'Eden, hier soir, après les débuts du prestidigitateur Hermann.
    Partisan des applaudissements, il est admis par conséquent pleinement le droit de siffler. Ce n'est donc pas le théâtre, on peut en être certain, qui ai fait procéder à l'expulsion en question.
    C'est une mesure d'ordre qui a été prise par les représentants de l'autorité et ce, en grande partie dans l'intérêt même de la victime  car il y avait déjà bousculade et cela eut pu tourner à son désavantage.

    Du reste, si la petite enquête du commissaire de police avait appris que l'on eut affaire à un homme bien élevé, on se serait empressé de lui adresser le lendemain, une bonne loge pour qu'il put assister au spectacle dont il a été privé et pour qu'il put protester en famille.

    Le journal faisait suivre cette lettre des « renseignements » suivants :

    Le siffleur dont M. Plunkett parle avec tant d'esprit est un magicien, il était accompagné d’un prestidigitateur forain. Ces Messieurs, avant de prendre leurs places au guichet s'étaient adressés au chef de claque pour avoir des billets de service, mais tout était vendu.
    Ils avaient alors déclaré au chef de claque qu'il y aurait du bruit.

    Leur intention de siffler, quoiqu'il arrivât, était donc manifeste comme l'a prouvé d'ailleurs l'énorme sifflet de chemin de fer dont ils se sont servis.

    Et voilà comme on écrit l'histoire. On sait qu’il était venu seul et qu’il comptait au contraire avoir beaucoup à applaudir. S’il avait eu la stupide intention de siffler« quand même »,


  • Un magicien tête en l'air

    Cet officier de paix car c'en était un me faisait une rude guerre. Il faut cependant noter qu'au milieu de ses tapageuses objurgations, il eut la bonté de dire bien qu'en faisant toujours la grosse voix : « Et pourtant vous avez l’air d'un homme comme il faut ! »

    On veut bien lui laisser la responsabilité de cette appréciation mais on demande de quelle façon il aurait été traité si le magicien ne lui avais pas paru « comme il faut ».

    Celui-ci dut néanmoins subir une interrogation en règle et cela ce qui parut d'une correction ou d'une légalité douteuse, devant l'homme de la claque qui assistait familièrement à ce préliminaire débat et qui dans le but d'y prendre une part plus active dit tranquillement à l'officier de paix, en parlant du magicien : « Laissez-le donc sortir, je vais y faire son affaire dehors.»  Charmante perspective d'après le magicien. La vérité oblige à reconnaître que l'aimable fonctionnaire n'obtempéra pas à ce désir original mais aussi qu'il ne parut nullement étonné de cette proposition aussi saugrenue que menaçante.
     

    Le commissaire qui fait preuve d'autorité

    Il se contenta d'accentuer encore ses véhéments reproches avec des menaces sans cesse renouvelées de coucher au poste. Le magicien cherchait à lui démontrer qu’il ne tenait pas du tout à apporter aux habitudes un changement de ce genre lorsqu'enfin arriva M. le Commissaire de police aux trousses duquel on avait lancé plusieurs agents qui étaient parvenus à le trouver après vingt bonnes minutes de recherches.

    boite-7Le magicien n’a jamais pu savoir où se trouvait en ce moment ce magistrat. A coup sur il n'était pas dans la salle au moment de l’arrestation, ou alors on est en droit de s'étonner qu'il ait mis plus de vingt minutes à venir s'enquérir des causes de l'incident.
     

    Une situation complexe ou la magie joue

    Cette circonstance ne l'empêcha cependant pas de rédiger un savant rapport au cours duquel il affirmait avoir tout vu de sa place. Etonnant ce commissaire qui voit se passer des choses dans une salle où il n'est pas, ou qui les voyant se passer, n'intervient pas au moment où elles se produisent. Il attend pour cela vingt minutes et encore il faut qu'on aille le chercher. Mystère et procès-verbal.

    Aussitôt entré, il fut mis au courant de la situation en rapport avec la magie, preuve qu'il n'y était pas. Il  fallut alors subir un deuxième savon appliqué cependant avec moins d'extravagance. C'était plus pondéré et plus conforme aux bonnes traditions. Cet excellent commissaire grondait le magicien presque paternellement.
     






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